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Le fondateur

Entretien avec Emmanuel Mouton  
 

Emmanuel et TinacoA quand remonte le projet de créer votre réserve zoologique ?
Il n’y a pas vraiment d’événement, de date précise. C’est à l’âge de huit ans que je dessine les premiers plans de mon zoo idéal. La poésie l’emporte alors largement sur toute considération de gestion scientifique. Aujourd’hui, de nombreux éléments de la Réserve ne sont au fond que des réminiscences de mon imaginaire d’enfant : la cabane perchée des ouistitis, les passerelles surplombant des troncs moussus, les lémuriens dissimulés à la frondaison des arbres…

 
Comment avez-vous choisi de vous implanter à Calviac ?
Au départ, la Réserve devait se créer en Provence, où ma grand-mère m’avait légué une bergerie au milieu des bois. Cependant, l’inertie des autorités locales était telle qu’elle m’avait quasiment conduit à abandonner le projet lorsque, tout à fait par hasard, j’ai découvert le site de « Sous le Roc ». C’est sur Internet que j’ai lu l’annonce : « petit hameau périgourdin bâti contre le rocher sur 3 ha boisés ». Quelques jours plus tard, je visitai le site et tombai sous le charme. Rapidement, le conseil municipal de Calviac-en-Périgord, les services préfectoraux ont accompagné le projet avec beaucoup de bienveillance. En quelques semaines à peine, j’avais progressé davantage qu’en deux années en Provence !

 
En quoi ce lieu était-il adapté à accueillir votre réserve zoologique ? L’aménagement, à flanc de colline, n’a-t-il pas été particulièrement difficile ?
Le site est d’une beauté féérique : la roche blonde, les murs de pierres sèches, la forêt aux formes fantasmagoriques, tout ça allait servir de matière première à l’agencement de la Réserve. « Sous le Roc » dispose de microclimats très variés : c’était particulièrement intéressant pour le découpage en zones géographiques tel que je voulais le mettre en place. Ensuite, la situation, à 10 km de la ville de Sarlat, sur un axe touristique majeur, permettait d’accueillir des visiteurs en nombre suffisant.

L’aménagement a été d’autant plus difficile que j’avais à cœur de préserver le site au maximum. Les constructions, écologiques, en bois, sont toutes de faible superficie ; les lieux de rassemblement de foule proscrits dans le but de conserver l’intimité du lieu. « Faire le plus possible avec et le moins possible contre », comme le dit le paysagiste Gilles Clément, a été le leitmotiv de l’aménagement de la Réserve de Calviac.  Même certains grands chênes, qui étaient couchés depuis la tempête de 1999, ont été laissés au sol afin de préserver au maximum la biodiversité.

 
Emmanuel portraitLors de la visite de la Réserve, vous nous faites part de vos différentes influences. En quoi ont-elles été importantes dans la réalisation du projet ?

Essentiellement, ce sont trois personnages – trois barbes blanches ! – et un lieu. Il y a d’abord eu le naturaliste Jacques Bouillault qui, dès mon enfance, est devenu mon mentor et m’a transmis une certaine manière d’appréhender la nature. Pour lui, la poésie de la nature était tout aussi importante que l’explication scientifique d’un fait zoologique.

Gerald Durrell, écrivain-naturaliste britannique, a largement contribué à définir le concept de Calviac puisque son « wildlife park » de Jersey m’a servi de modèle : une institution non-lucrative œuvrant pour des espèces menacées en créant un lien direct entre les élevages en captivité et les actions de conservation dans le milieu naturel.

Ensuite, Georges Moustaki, qui m’avait parrainé lors de ma première «expédition» en Méditerranée orientale, a largement influencé ma vision du monde, mon rapport à la société. Il a cette capacité à poétiser la vie, à « trouver l’équilibre dans le mouvement » comme il dit.
Le lieu, c’est le Bioparc de Doué-la-Fontaine. L’esprit du lieu est magique : c’est le seul zoo que je connaisse dont la visite exalte l’émotion à un niveau quasiment semblable à la rencontre d’un animal dans son milieu naturel. C’est la recherche de cette émotion qui a servi de matrice à la réalisation de la scénographie de Calviac.

 
En choisissant des espèces aussi méconnues que le fossa ou le glouton, ne craignez-vous pas de vous adresser à un public de connaisseurs, presque élitiste, donc restreint ?

Et si le fait d’héberger et préserver des espèces méconnues était justement ce qui attirait le public ? Je ne pense pas que l’on puisse parler d’élitisme dès lors qu’on sort un peu des sentiers battus. Il peut y avoir plusieurs degrés de lecture lors d’une visite de la Réserve de Calviac. Lorsque, face à l’observatoire, le glouton grimpe à quelque huit mètres de hauteur sur un arbre pour mettre une carcasse à l’abri, il importe peu que le glouton soit une espèce méconnue, l’émotion est bien présente pour tous les visiteurs qui ont la chance d’assister à cette scène.

 
Quels rapports entretenez-vous avec vos animaux ?
Je vis au quotidien au milieu de cette microsociété animale de la Réserve, me réveille et m’endors avec eux : des liens se créent forcément. Comme dans toute société, on a plus d’affinités avec certains. Pour ce qui me concerne, Tinaco le tapir et Pedro le lémur vari noir et blanc sont ceux que j’affectionne le plus. Sans doute parce qu’on se ressemble ! Néanmoins, qu’on ne se méprenne pas : ils demeurent des animaux sauvages que je ne souhaite pas apprivoiser ; il est toujours préférable pour eux de vivre avec des individus de leur espèce. De même, lorsque les visiteurs pénètrent sur le territoire des animaux, comme c’est le cas chez les lémuriens, j’insiste toujours sur le fait qu’ils entrent chez les animaux ; on demande donc au public de ne pas les toucher ni les nourrir ; en revanche, les animaux sont, eux, libres de toucher les visiteurs !

 
Pourquoi avoir choisi une structure non-lucrative pour gérer la Réserve de Calviac ?
Ma démarche n’a jamais été celle d’un entrepreneur, même si je suis conscient qu’il faut parvenir à une viabilité économique. Dans la mesure où la totalité des bénéfices générés par la Réserve allait être réinvestie soit sur le site, soit dans ses programmes d’actions, il m’est apparu évident qu’une organisation à but non-lucratif comme l’Institut Calviac Biodiversité (ICB), était l’outil idéal pour gérer à la fois le site de Calviac et ses actions hors site. Et de fait, c’est un conseil d’administration bénévole de neuf membres, épaulé d’un conseil scientifique, qui décide des actions à mener.

 

Emmanuel et Pedro CalviacLa saison 2012 débute, la troisième de la Réserve de Calviac, que peut-on vous souhaiter ?
Atteindre une fréquentation de 40.000 visiteurs nous permettrait de mener à bien nos missions ; et - qui sait ? - faire la rencontre de généreux mécènes, séduits par notre action ! Et il y a bien sûr les naissances que nous espérons obtenir, notamment chez les ibis chauves ou les lémurs couronnés.

 

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